« 29 avril 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16359, f. 111-112], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11933, page consultée le 05 mai 2026.
29 avril [1845], mardi matin, 9 h. ¾
Bonjour, mon petit Toto chéri, bonjour, mon adoré petit Toto, bonjour, le plus complet des pairs de France, bonjour, vous, bonjour, toi. Je t’aime, et vous ? Ô, si tu m’avais donné la joie de recevoir une lettre de toi hier, combien j’aurais été heureuse. Je ne dis pas fière, quoique le lieu et la circonstance auraient pu m’y autoriser. Hélas ! tu n’as pas donné suite à cette bonne intention et je n’ai toujours RIEN. C’est bien CHESSE pour une pauvre Juju qui vous aime avec tant d’avidité et de passion. Est-ce que vous ne sentirez pas le besoin d’être généreux avec elle en lui écrivant de chez vous, ou de partout où vous voudrez, une petite lettre bien tendre qu’elle puisse lire pendant ces longues et mortelles journées où elle ne vous voit pas ? Mon Victor bien aimé, bien adoré, ô oui, bien adoré, écris-moi deux lignes seulement, deux mots même. Ton nom seulement si tu n’as que ce temps-là à me donner, que j’aie quelque chose de toi à baiser à genoux. Je t’en prie, donne-le-moi. Aujourd’hui il est probable que je ne te verrai pas plus que les autres jours. Tu as ton livre à faire paraître1, l’Académie qui t’attend2. Quant à moi, Dieu sait si mon tour viendra jamais d’être avec toi. J’en doute par momentsa. Cependant je ne veux pas être méchante et te tourmenter inutilement. Je sens qu’il t’est tout à fait impossible de me donner plus de temps que tu ne fais. Je me résigne et je tâche de trouver des forces en t’aimant de plus en plus.
Juliette
1 La nouvelle édition du Rhin, quatre volumes accompagnés de quatorze lettres inédites, paraît le 3 mai 1845.
2 Le mardi est jour de séance à l’Académie française.
a « par moment ».
« 29 avril 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16359, f. 113-114], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11933, page consultée le 05 mai 2026.
29 avril [1845], mardi soir, 6 h. ¼
Qu’est-ce qu’il faut que je fasse, mon Toto bien aimé ? Faut-il que je
sois bien mouzon, bien fâchée et
bien en colère contre vous, dites ? Voilà la journée finie et vous
n’êtes pas encore venua.
Si vous croyez que je peux être heureuse comme cela, vous vous trompez,
mon amour, et vous le savez bien. Je pensais que tu serais venu une
petite fois dans la journée. Je l’espérais, je t’attendais avec une
ardeur dont tu ne peux pas avoir l’idée, toi qui n’attendsb jamais après
moi. Aussi je suis au bout de ma patience et de mon courage. Je sens que
je suis sur la limite extrême du découragement. Si tu ne viens pas tout
à l’heure, je ne sais pas comment je passerai la soirée. Mon Victor bien
aimé, tâche de venir tout à l’heure. Je t’en prie, je t’en suppliec.
J’aurais
besoin que tu me dises ce qu’il faut que je fasse des états de lieux que
la propriétaire m’a laissés hier avant de les faire signer à Lanvin. Il y a des choses qu’il faut
que je fasse modifier. Tu me diras dans quels termes et sous quelle
forme je dois le faire afin de ne rien faire qui formalise cette vieille
propriétaire. Elle m’a priée de les lui rendre le plus tôt possible. Je
t’attends pour cela.
J’ai vu Mme Triger qui m’a
fait tous ces tardifs compliments. Cependant
je suis sûre que c’est du fond du cœur mais elle a toujours trente-six
chiens à fouetter, ce qui l’empêche de voir ses amies au moment
opportun. Aussi je ne lui en veux pas.
Mon Victor, il est déjà bien
tard, je tremble que tu ne viennesd pas ce soir avant ton dîner. Mon Dieu que c’est
triste de vivre comme je vis. Vrai, mon Victor adoré, c’est un
supplice{« un suplice »} de tous les instants. Je t’aime trop, c’est
bien vrai.
Juliette
a « venue ».
b « toi qui n’attend ».
c « je t’en suplie ».
d « tu ne vienne ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
